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Grippe mexicaine – Une crise qui devrait durer des mois (Marc van Ranst) (La Libre Belgique, 30/04/2009)
Mais la sévérité est comparable à une grippe saisonnière, selon le Pr Marc van Ranst, virologue et commissaire Influenza.
Virologue à la KU Leuven et Commissaire interministériel Influenza, le Pr Marc van Ranst reste très mesuré par rapport à la situation actuelle de l’épidémie de nouvelle grippe.
ENTRETIEN
LAURENCE DARDENNE
Comment expliquer la confusion qui règne par rapport aux informations communiquées ?
Il est normal que, dans une phase de crise, comme c’est actuellement le cas, on ait des données pas toujours concordantes. Je pense que, pour le moment, personne ne détient les données exactes. Et celles-ci sont influencées par des arguments tantôt politiques, tantôt économiques ou protecteurs, c’est pourquoi il y a cette confusion générale au niveau des chiffres. Cela dit, pour moi, à part le nombre de décès, les chiffres ne sont pas essentiels. Le plus important est de connaître les pays affectés. Or là, on dispose de données fiables.
Que dire de l’évolution de l’épidémie ?
Cela augmente, mais non de façon logarithmique. Il est certain que cela ne va pas se résoudre dans une ou deux semaines. Nous sommes très probablement partis pour une crise qui durera des semaines, voire plusieurs mois. Il ne faut cependant pas perdre de vue que jusqu’ici, exception faite du Mexique, les cas ne sont pas mortels. Leur sévérité est tout à fait comparable avec celle d’une grippe saisonnière.
Dispose-t-on d’explications plus précises quant au fait que seul le Mexique compte des victimes ?
Pas vraiment. Il y a des hypothèses. Parmi les raisons évoquées, certains virologues ou épidémiologistes avancent la pollution à Mexico, qui détruirait l’épithélium du poumon et permettrait au virus de s’immiscer plus facilement. Une autre explication serait qu’il existe deux virus au Mexique, et donc une surinfection. La malnutrition a aussi été évoquée. Personnellement, je ne pense pas que ces différentes explications sont valables. Il faut avouer que, pour l’instant, on ne sait pas. Et cela paraît tout à fait raisonnable de ne pas posséder toutes les explications à ce stade.
Comment faut-il appréhender le cas de contagion indirecte en Espagne ?
C’est inquiétant, en effet. On peut imaginer que le virus circule pour l’instant, sans pour autant causer des décès. Mais les virus circulent en permanence et chaque hiver, le virus influenza fait des morts. La pathogénicité du virus de la grippe mexicaine est tout à fait comparable avec celle des virus qui circulent en hiver et qui causent une mortalité cent fois, mille fois plus grave que ce à quoi on assiste pour le moment.
Par rapport à samedi, comment a évolué votre état d’esprit ?
Il paraît à présent clair que l’épidémie n’est pas localisée sur un seul continent. Et si ce n’est toujours pas une pandémie à l’heure actuelle, je ne doute pas que l’OMS va déclarer, après de longues délibérations, une pandémie phase 5 (NdlR: ce qui est donc le cas) ou 6. Nous sommes tout à fait prêts pour lancer, dès demain, notre plan.
Quelles sont les principales mesures que cela impliquerait en Belgique ?
Le plus important est l’installation de points de santé dans chaque ville. Par ailleurs, nous allons libérer et distribuer notre stock d’antiviraux dans les communes. Cela dit, si nous faisons cela, ce n’est pas avec grand enthousiasme dans la mesure où, pour le moment, la situation n’est pas plus grave que lors d’une grippe saisonnière. Or, à ce moment-là, on ne déploie pas de tels plans. Pour l’instant, on pourrait dire que c’est une saison grippale hors saison. On ne devrait donc pas utiliser de tels traitements draconiens pour une grippe dont la pathogénicité reste faible. Il faut que la réponse soit en adéquation avec la sévérité de la situation. Il serait tout à fait stupide de prendre des mesures comme la fermeture d’écoles ou d’entreprises alors que la situation s’avère moins grave que pendant n’importe quel hiver.
© La Libre Belgique 2009
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